La France: Grenier d’Asile ? A propos de: “Un soir d’été, un étranger” de Olivier Bertrand

Le film de Olivier Bertrand présente sobrement l’histoire de Miloud, clandestin qui traversa l’Europe sous un camion, il y a une dizaine d’années. Son aventure fut l’occasion d’un article: c’est Olivier Bertrand qui couvrit l’affaire pour Libé. Il réalise ce court-métrage (42 minutes) -10 ans  (*)après.

Nous rencontrons principalement les protagonistes de cette histoire: les villageois, le maire … ceux qui accueillirent Miloud et ceux qui l’hebergèrent dans leur grenier; on voit le village, et la caméra passe d’une maison à un champ, une route d’une pièce à l’autre alors que les acteurs d’occasion épluchent des légumes ou des fruits, ou s’occupent à des travaux de couture.

Le décor est cossu, les maisons ne sont pas des masures et nous sommes loin de la Jungle de Calais (voir Welcome ). Le titre, en fait, nous laisse présager cette approche: c’est propre et bien fait; Un soir d’été, un étranger nous annonce la couleur, tout de suite. J’ y vois quelques écueils:

1- Miloud, principal actant, est absent

2- Le thème du film: on a caché un clandestin dans un grenier est donc traité in absentia; on cause du héros de l’histoire, on l’évoque.

3- Il y a de nombreux rappels à la seconde guerre mondiale, des références aux juifs et cela me dérange parce que nous vivons en 2009 et les problèmes de Miloud sont ceux du 21ème siècle – on a assez de problèmes comme cela … C’est pour moi une façon d’esquiver les vrais problèmes et de faire entrer dans ‘notre mémoire’ , un peu vite des actes d’héroisme. En fait, le réalisateur évoque sa position (dans le débat/film [*]): il s’agit ” d’actes de résistance ” .

Sorry: je ne vois pas le pays en état de résistance; je vois la France (une partie, en tout cas) en lutte: en grève, cette semaine et beaucoup manifestent par tous les moyens possibles pour virer l’usurpateur (Sarko);

Pourquoi est-ce important?

Parce que mes potes du Congo: Arsene et Jérome qui vivent aux Etats-Unis ont vu les images – celles des sans-papiers jetés dans les avions … ils ont parlé aux cousins , qui vivent à Paris: et leurs cousins leur ont dit que les (des ) Français sont racistes et que la vie est dure à Paris, trop dure pour les réfugiés et Arsene et Jérome ne viendront pas à Paris.

Alors, voilà pourquoi c’est important et un beau film avec une musique de Gabriel Jared (*) ne va pas les faire changer d’avis; cela va prendre des années pour réparer ce fiasco: pensez aux années Bush et le grenier, désolé pour M. Bertrand: ils s’en foutent.

Miloud n’est pas seulement absent du film, btw. Miloud est parti du grenier, pour un autre grenier; puis, il est parti en Hollande. Ensuite, en Italie et il a disparu.

En plus, il y a un problème de fond – puisque Olivier Bertrand est à Libé, c’est pas vraiment comme s’il est vierge. Oui, c’est beau: un coup de coeur, les coups de coeur, les restos du coeur: on en a besoin. ” Qu’est-ce qui se passe quand vous ouvrez votre porte et que vous ouvrez votre coeur? ” c’est la question du film.  Cela me parait desuet et un peu dépassé.

Faut-il être contre “la résistance”? Evidemment que non, vous faites ce que vous voulez et vous luttez comme vous voulez. Mais, il faut comprendre où nous en sommes et des années vont s’écouler avant que s’efface le souvenir d’un certain Sarko. Alors, si la France passe par une période ‘américaine’ en quelque sorte,  est-ce que cela veut  dire qu’il faut prendre le maquis? et le message du film – parce qu’il y en a un: est-ce: “ouvrez vos greniers? ”  Le film est touchant, encore une fois et je ne veux pas décourager les résistants …

Mais, n’est-ce pas passer un peu trop vite de France, Terre d’Asile (c’était hier, d’accord) à France, Grenier d’Asile?

C’est la vision que Olivier Bertrand nous présente.

Pour Miloud, qui est parti et pour tous tous les Arsene et Jérome qui ne viendront pas: nous avons besoin d’un débat de fond et de films qui contrent la propagande (et la pathétique image de la France dans le monde )… d’une façon plus énergique et aggressive.

Advertisements

One Response to “La France: Grenier d’Asile ? A propos de: “Un soir d’été, un étranger” de Olivier Bertrand”

  1. La Jungle (2) « Rip Van Winkle Rentre au Pays Says:

    […] https://jeanwadier.wordpress.com/2009/02/05/la-france-grenier-dasile-a-propos-de-un-soir-dete-un-etra… ] […]

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s


%d bloggers like this: