“Je pense à un Américain …”

” Je pense à un Américain rasé, aux épais sourcils noirs, qui étouffe de chaleur au vingtième étage d’un immeuble de New York.  Au-dessus de New York le ciel brûle, le bleu du ciel s’est enflamné, d’énormes flammes jaunes viennent lécher les toits; les gamins de Brooklyn vont se mettre en caleçons de bain, sous les lances d’arrosage. la chambre obscure, au vingtième étage, cuit à gros feu. L’Américain aux sourcils noirs soupire, halète et la sueur roule sur ses joues. Il est assis, en bras de chemises, devant son piano; il a un goût de fumée et, vaguement, un fantôme d’air dans la tête. ” Some of these days ” .  Tom va venir dans une heure avec sa gourde plate sur la fesse; alors ils s’affaleront tous les deux dans les fauteuils de cuir et ils boiront de grandes rasades d’alcool et le feu du ciel viendra flamber leurs gorges; ils sentiront le poids d’un immense sommeil torride. Mais, d’abord, il faut noter cet air; ” Some of these days “. La main moite saisit le crayon sur le piano; “Some of these days, you’ll miss me honey. ” ça s’est passé comme ça. Comme ça ou autrement, mais peu importe. C’est comme ça qu’elle est née. ”

La Nausée

Jean-Paul Sartre

P. 246

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